La source K

 

 

La "Source K", un épisode peu connu de la Résistance dans un service des Télécommunications des PTT
 

Robert Keller, ingénieur des Télécommunication,

Pierre Guillou, chef d'équipe des Lignes

Laurent Matheron, chef d'équipe des Lignes

 

La « source K » fut l'une des plus extraordinaires sources de renseignements que Londres ait reçus.

 

Il faut savoir que tout le réseau était sous contrôle ennemi. Près de chacun des agents PTT, se tenait un technicien allemand, même sur le terrain. La sécurité du réseau était primordiale pour les Allemands, mais comme il n'y avait pas d'incident, ils prirent finalement l'habitude de ne plus nous accompagner la nuit.

C'est ainsi que Keller put provoquer un défaut sur le câble Paris-Metz : le 16 avril 1942, après une période préparatoire qui avait duré plus de six mois, il passait enfin à l'action. Sous la tente abritant les fouilles pratiquées en bordure de la route nationale au niveau du câble, et alors que passait de temps à autre une estafette allemande, Keller et son équipe réussirent à dériver le câble sur le pavillon de Noisy-le-Grand sans éveiller les soupçons des techniciens allemands des stations de mesure encadrantes. Le système fonctionna de façon remarquable. Combaux assurait l'acheminement des renseignements sur Londres : les Alliés restaient stupéfaits, tant la qualité et la quantité d'informations précises étaient considérables.

 

Pourtant un jour, Keller eut des ennuis,: « II y a des gens qui parlent beaucoup à Noisy-le-Grand, ça sent le brûlé ». Il fut décidé de couper la dérivation, après cinq mois d'une exploitation parfaite des 70 circuits. Un autre câble fut « attaqué », celui de Paris-Strasbourg; un second pavillon loué, cette fois à Livry Gargan. Durant la nuit du 16 décembre 1942, la deuxième dérivation était réalisée avec succès, et les quatre opérateurs pouvaient se porter à l'écoute. Le travail avait été exécuté par Matheron et Guillou pour les têtes de câbles à l'intérieur du pavillon, Keller, Lobreau, Levavasseur et Abscheidt sur le câble lui-même.

Six jours plus tard, le 22 décembre, Keller apprend que les Allemands veulent le voir à la Direction. Il n'est pas particulièrement inquiet, car cela lui arrivait souvent. Mais des détails lui donnent à réfléchir, et il me téléphone pour me demander de prendre les précautions convenues : brûler ses papiers et dissimuler ses armes. J'avais encore son revolver dans la poche quand Keller entrebâilla la porte de mon bureau pour me dire : « ils m'embarquent ». Je ne l'ai plus jamais revu. Que s'était-il passé?

Sur une dénonciation, les Allemands s'étaient rendus au domicile de Keller à 7 h 30, alors qu'il venait de partir. Au cours de la perquisition, ils avaient trouvé une carte du réseau des LGD, document de travail qui leur avait donné l'adresse de notre Direction et permis de le faire convoquer. Au même moment une autre perquisition avait lieu chez Lobreau, l'adjoint de Keller. Ayant appris que celui-ci travaillait rue des Entrepreneurs, ils vinrent aussitôt 
l'arrêter au Centre. Plus tard, Matheron puis Guillou furent arrêtés à leur tour.

Keller fut condamné à mort, mais sa peine ayant été commuée, il fut envoyé en camp de concentration. On a retrouvé trace de son passage au Struthof, à Oranienburg, puis à Bergen-Belsen où il est mort du typhus en avril 1945, alors que Paris était depuis longtemps libéré et que son camp devait l'être bientôt. De tous les membres du réseau qui avaient été déportés, seul Lobreau survécut.

Quand la Libération est arrivée, et que les lampions se sont éteints,
un Comité Robert Keller a été créé qui obtint que son nom 
soit donné au Centre des LSGD qu'il avait dirigé, 8 rue des Entrepreneurs, puis, un peu plus tard, à la partie de cette rue comprise entre le quai de Javel et la place Charles-Michels. Depuis le transfert du Centre à Montrouge, 
la tour et la piscine construites sur son emplacement
 portent également le nom de Robert KELLER.
extrait du témoignage de Georges Clavaud 
recueilli par Maurice Bruzeau

 

Laurent Matheron est né le 27 décembre 1908 à Tournus (71). Il débute aux PTT service LSGD (Lignes Souterraines à Grandes Distances) au centre de câbles de Tassin en 1932. Reçu au concours de soudeur, il est nommé à Paris en 1938, devient chef d’équipe en 1942 et participe jusqu’à leur arrestation en 1943 avec l’Ingénieur Robert Keller et son collègue Pierre Guillou à la fameuse « Source K »  Dénoncés, ils ne pourront pas faire fonctionner cette nouvelle installation. Laurent Matheron mourra d’épuisement dans le camp de Dora en octobre 1944, laissant une femme et un fils âgé de 11 ans.


 

Comme nous vous l’avions annoncé,  le central Lyon-Sévigné a pris officiellement le nom de SÉVIGNÉ-MATHERON en hommage à Laurent MATHERON. L’ANACR était bien sur présente avec ses drapeaux lors de cette inauguration.

 

 

 

 

 

 

Inauguration Place Laurent Matheron à Tournus

 

            Libération Nationale PTT avait sollicité le Maire de Tournus pour attribuer un lieu de mémoire à Laurent Matheron natif de cette commune. C'est ainsi que la municipalité a décidé de créer une nouvelle place devant La Poste avec le nom de Laurent Matheron.

            L'inauguration a eu lieu le 27 décembre. A 11 heures, le responsable du Comité d'Entente des Anciens Combattants de Tournus demande aux porte-drapeau de se mettre en place.

            La plaque a été dévoilée par René Matheron, fils du résistant héros de la Source K et Jean Legros Maire de Tournus.

            Michel Chassagne portait le drapeau de Libé, Guy Chapuis technicien retraité de France Telecom et représentant l'ANACR 69 a déposé la gerbe de notre association, Louis Cardin a fait le discours inaugural. 

            Parmi les personnalités, on a pu noter la présence de Cécile Untermaier, députée de la circonscription, Simone Mariotte Présidente de l'ANACR 71, Jean-Pierre Bernard représentant de l'ACVG-PTT, Anne-Françoise Pataille du Souvenir Français. Le groupe La Poste avait envoyé deux représentants... 

            René Matheron était accompagné de son épouse et de ses cousins du Villars commune voisine de Tournus, où il a vécu après la déportation de son père chez ses grands-parents.

« Le Chant des partisans » a été entonné par l'assistance, choeur improvisé sous la direction de Catherine Ravet-Rachard Présidente du Comité local de l'ANACR accompagné par l'orgue de Georges Duriaud Président d'honneur de l'ANACR de Tournus. 

            Le Journal de Saône-et-Loire avait le jour même, annoncé l'inauguration en publiant un article de Louis Cardin rappelant le parcours de Laurent Matheron. 

            Pour tenir compte des risques d'intempéries, les discours avaient lieu dans une salle municipale du Palais de Justice. Louis dans son intervention, après avoir développé l'épisode extraordinaire des écoutes de la Source K n'a  pas manqué de rappeler que de multiples écoutes moins spectaculaires mais aussi périlleuses avaient été pratiquées par des opératrices des PTT dont on retrouve les témoignages dans le livre de Charles Sancet: « Les Femmes des PTT et la Seconde Guerre mondiale » qui montre aussi que les femmes n'ont pas été que des agents de liaison dans la Résistance mais ont été des résistantes actives . Quelques livres ont été vendus pendant le coktail qui a clôturé la cérémonie 

 

 Louis Cardin

(Voir sur le site de Libé le  compte-rendu complet  )

 

http://www.libeptt.org

 

 

 


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