Le faux "Nouvelliste"


Le 31 décembre 1943· ·:
l'opération "faux Nouvelliste"

Le soir du 11 novembre 1943, de retour du défilé patriotique des maquis de l'Ain
à Oyonnax, Charles MOHLER, Lucien BONNET, au domicile d'Henri JA
BOULAY

chef régional, écoutent Radio Londres      

et apprennent qu'une fausse édition du
journal bruxellois "LE SOIR" a été diffusé en Belgique par les résistants belges. Ils
projettent de faire quelque chose d'analogue à LYON et Mohler suggère de s'en prendre au "Nouvelliste" journal ouvertement collaborationniste.

 

Depuis le sabordage du Progrès, le 11 novembre 1942, il n'existe plus qu'un seul grand quotidien dans la région lyonnaise : Le Nouvelliste. Ce quotidien diffuse abondamment la pensée pétainiste, encense la collaboration et dénigre la Résistance.

 

c'est l'occasion  de porter à la connaissance de la population, que, la Résistance, contrairement aux déclarations du ministre de l’Information de Vichy, Philippe Henriot, existait toujours à Lyon. 

Sa proposition retenue, il va être le chef d'orchestre de la distribution des exemplaires
avec ses commandos G.F. bien armés et disposant de ''tractions" et de camionnettes. Fort de ses relations à Paris-soir, Jaboulay entre en relation avec Pierre SCIZE qui accepte de se charger de la rédaction des textes, tandis que Paul GIRIN trouve le papier et l'imprimeur (Pons).

Le jour retenu pour l'opération après l'approbation du chef régional militaire Albert CHAMBONNET est le vendredi 31 décembre.


Les titres et articles sont éloquents : :

"Raids massifs sur l'Allemagne"
"plusieurs centaines de milliers de sans-abri, des millions d'usines rasées!"
"Oyonnax a fêté avec enthousiasme l'anniversaire de la Victoire!"

"Les vrais terroristes c'est la milice!"

"Le journaliste PAIN a été assassiné par la milice après avoir eu les yeux crevés et les membres brisés!"

"Le docteur CARRIER de Saint Marcellin est assassiné sous les yeux de son enfant par les miliciens !"

"Mobilisation totale en France!"

"A Saint-Etienne, un prêtre est sauvagement torturé par la Gestapo!".


La mise en page réalisée, la fabrication du titre est obtenue grâce à un cliché de F.
Louis VACHER (du Progrès). Le tirage de 25 000 exemplaires, c'est le travail de Fernand VERNIER (linotypiste) et de Charles PLANCHET (conducteur typo).


Les diffuseurs de "Paris-Soir" ayant conseillé de retirer des kiosques, l'édition originale,
immédiatement après livraison pour la remplacer par la nouvelle, sous prétexte
de censure, l'opération fut confiée aux hommes de Charles Mohler, avec limitation
aux seuls kiosques principaux et gros débitants. Mohler a fait discrètement étudier
le mécanisme de la distribution, l'itinéraire des voitures, l'horaire exact, le nombre
de numéros fournis à chaque point de vente, tâche confiée à la 1re équipe des
groupes francs dirigée par Jean ROLLAND.


Le 30 décembre au soir, l'équipe est rassemblée dans le garage où la fausse édition
est entreposée. Les paquets sont préparés avec la bande "censure". Six véhicules
arborent des vignettes "Service de presse". À 5 heures du matin, tout le monde
est sur le pied de guerre à raison de 3 hommes armés par véhicule. Le signal de
départ donné, les voitures procèdent au remplacement des journaux livrés (au motif
que les premiers exemplaires sont censurés). Ces équipes oeuvrent vite, dans la
crainte des barrages! Il n'en est rien! La police s'agite seulement vers 8 heures sans
dommage pour les acteurs.

En flânant, les groupes Francs de l'opération peuvent recueillir auprès de l'homme de la rue, les explications les plus fantaisistes. Beaucoup dissimulent un exemplaire du journal, ravis d'être complices.
Ce numéro trouve un accueil enthousiaste et l'affaire a un grand retentissement.


(Extrait de "Les Groupes Francs" une Résistance lyonnaise en armes"
Ouvrage collectif, édition Permeze/


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