Marcel Bertone

 

Sur la fiche d’Etat civil de Marcel BERTONE il est indiqué qu’il est né le 9 octobre 1920 dans le troisième arrondissement de Lyon. Cependant, son nom apparait à la rentrée des classes d’octobre 1931 sur l’un des registres de l’école communale de la place commandant Arnaud, située dans le quartier de la Croix Rousse  dans le 4ème arrondissement de Lyon. Sur ce registre sont  indiquées outre la date de naissance de l’élève, la profession de son père : plâtrier-peintre, son adresse : Place Belfort, mais  également l’école où était inscrit Marcel BERTONE avant que sa famille ne s’installe à la Croix-Rousse. Il s’agit de l’école publique du 5, rue de l’Ordre dans le troisième arrondissement de Lyon. Cette rue est actuellement la rue Antoine CHARRIAL. Il n’y a plus aucune trace de Marcel BERTONE sur les registres de l’école de la place Commandant Arnaud après l’année scolaire 1931-1932. Il a quitté l’école pour devenir apprenti peintre. Enfin, on doit noter qu’il n’existe pas d’archives concernant l’école de la rue Antoine CHARRIAL datant d’avant-guerre.

depuis le 18 juillet 1936 (Marcel BERTONE n’a pas encore 16 ans)  la France vit à l’heure espagnole

Toute le monde donc y va de ses journaux ou de ses tracts tels ceux des jeunesses communistes qui   appellent «  à empêcher la victoire des généraux  FRANCO et MOLA, traitres à leur pays qui rêvent d’instaurer le fascisme…  en aidant la République espagnole, par la souscription, par la collecte  de vivres, et de médicaments … ».

En réalité, Marcel BERTONE va s’engager bien au-delà  ce qui est demandé par les jeunesses commu

Sur l’un des documents retrouvé à la Bibliothèque Internationale de Nanterre (il s’agit d’une biographie demandée par le Parti communiste espagnol° à tous les brigadistes  et récupérée par la suite par le KOMINTERM)  Marcel BERTONE, dit être venu d’Italie avec ses parents à l’âge de 5 ans et qu’il est parti le 5 février 1936 de Lyon pour aller en Espagne ayant obtenu l’accord de ses parents, le parti (PCF ?)  le trouvant bien trop jeune pour s’engager dans un conflit.  Après avoir pris contact à Lyon avec des anarchistes espagnols, ces derniers lui indiquèrent la filière à suivre pour aller en Espagne.  Il se retrouva dans un premier temps à PERPIGNAN où un comité antifasciste lui donna l’adresse d’un passeur. On lui  procura également un document servant de billet de chemin de fer. Il prendra le train jusqu’à  BARCELONE et écrit  

être arrivé en Espagne, le 28 février 1936. De BARCELONE, il se rendra à ALBACETE  où après quelques jours d’instruction militaire,  écrit-il, on l’enverra sur le front de POZOBLANCO (en Andalousie au sud de l’Espagne ;) Marcel BERTONE se trompe d’année c’est certain. D’une part,  la base d’ALBACETE n’a été créé « officiellement » que le 21 octobre 1936 lors d’une réunion qui fixe les diverses responsabilités pour l’organisation du lieu, d’autre part,  la bataille de POZOBLANCO où Marcel BERTONE dit avoir été envoyé et  qui verra la victoire de la République Espagnole a bien eu lieu, mais en 1937. Exactement, entre le 6 mars et le 16 avril 1937 ce qui rend tout à fait plausible son arrivée fin février 1937 en Espagne. De plus, dans un document «écrit par son beau-père après-guerre, ce dernier indique dans une biographie brève sur son gendre que celui-ci était bien parti en 1937.

 Toujours dans ce même document Marcel BERTONE  écrit avoir été affecté dans diverses brigadeset enfin, il est incorporé dans la 14ème brigade baptisée LA MARSEILLAISE en octobre 1937 où avaient été regroupés de nombreux français.

Pour terminer,  il indique  avoir été nommé commissaire de compagnie et blessé une fois le 26 juillet 1938. Il ne  dit pas où.. Mais c’est peut-être sur le front de la bataille de l’EBRE, car c’est dans le secteur d’AMPOSTA que la 14ème brigade tente le 25 juillet à 0h 15 de franchir le fleuve, mais elle est presque immédiatement mitraillée durant la traversée du fleuve. C’est après cette bataille de l’EBRE, l’une des plus meurtrières de la guerre d’ESPAGNE, que le gouvernement NEGRIN décida en septembre 1938 le retrait des brigadistes. Ainsi, en octobre 1938 les brigadistes quittent l’ESPAGNE.

Dans un formulaire de démobilisation au nom de Marcel BERTONE  daté de l’automne 1938 retrouvé à Moscou, donc actuellement à la Bibliothèque Internationale de Nanterre : A la question : Qu’as-tu appris en Espagne ? que répond ce jeune homme de 18 ans ? :

 « Lorsque je suis venu en Espagne, j’étais très jeune, sans aucune expérience, sans presque d’éducation politique, poussé par un instinct de classe, un instinct de solidarité envers les camarades espagnols plus qu’autre chose.

Je ne comprenais pas beaucoup ce qui se passait en Espagne. Je l’ai appris dans la lutte.

A leur retour, il ne faut pas croire que les brigadistes français aient été accueillis en héros. L’atmosphère de l’année 1938 (DALADIER est au pouvoir et signera les accords de Munich)  n’est plus celle de 1936. Beaucoup de volontaires sont déçus, ils ne retrouvent pas de travail. Heureusement pour Marcel BERTONE, à son retour à Lyon, il sera embauché comme aide-comptable.

 Quoi qu’il en soit, voici ce que nous apprend dans son livre « Les fils de la nuit » Albert OUZOULIAS, le futur Colonel ANDRE,  qui était alors responsable des jeunesses communistes de la région Rhône-Ain : 

fin 1938 au siège des jeunesses communistes à LYON  se présente Marcel BERTONE : « il arrivait d’Espagne couvert de blessures non encore cicatrisées. Après avoir embrassé ses parents, le même jour, (le 12/12/38 ) il était venu à notre permanence et nous disait : « je suis à votre disposition. » J’ai bavardé un moment avec lui.  Le lendemain, nous le cooptions au secrétariat général. Quand je fus mobilisé en mars 1939, c’est lui qui me remplacera à la direction régionale. Je parlai de lui à Raymond GUYOT, président des jeunesses communistes et aux autres membres du Bureau national ; Nous fûmes d’accord pour présenter sa candidature au Comité Central. Elle fut retenue par le congrès d’Issy les Moulineaux. » (8-10 avril1939.)

.La même année, le 23 août 1939 est signé le pacte germano-soviétique qui entrainera en France l’interdiction du PCF dès septembre 1939. 

Dès lors, c’est un clandestin. Il rejoint Paris, où il est nommé responsable des jeunesses communistes pour la banlieue sud de Paris.

 

Donc à partir du 26 septembre 1939, un communiste ne peut être que mobilisé, clandestin ou emprisonné.  Marcel BERTONE se trouve être dans ce dernier cas : il est arrêté et interné le 23 octobre 1939 au fort du Paillet à  DARDILLY (Rhône), où il se marie avec Jeannette FEDIT le 10 février 1940.  Dès le 20 février, il est transféré  au Fort Barraux (Isère) : ensuite à RIOM ES MONTAGNE (Cantal) et enfin au camp d’internement de  CHIBRON dans le Var d’où il s’évade le 7 octobre 1940.

Marcel BERTONE, Lieutenant FTPF, s’est engagé volontairement dans les rangs  des FTPF le 1er octobre 1941.

On retrouve Marcel BERTONE  avec son ami Louis COQUILLET, rue Mayran dans le 9ème arrondissement de Paris, le 18 décembre 1941 en train d’incendier des camions allemands. COQUILLET réussi à s’enfuir.  Marcel BERTONE est poursuivi par des gardiens de la paix averti par les soldats allemands.

Dans un premier temps, il leur échappe mais finalement le concierge du 26 de la rue Cadet indique aux policiers, qu’un homme est entré dans son immeuble sans dire son nom.  La femme d’un locataire du 4ème étage les appelle en leur disant que son mari est aux prises avec un individu. Marcel BERTONE est arrêté à 0 H 35 et emmené à la Feldgendarmerie.

Un premier procès public avait été organisé par les Allemands en mars 1942. Un second procès sera organisé du 7 au 14 avril 1942 à la Maison de la chimie où l’on jugera 25 hommes et deux femmes.

L’acte d’accusation recense 35 attentats ou tentatives d’attentat. En fait, malgré les tortures, les accusés ont réussi à cacher un grand nombre d’opérations, notamment l’attentat le plus spectaculaire, celui de l’exécution le 20 octobre 1941 du lieutenant-colonel HOTZ,  FeldKommandant de Nantes.

Sur les 27 personnes jugées  trois survécurent dont le plus jeune, André KIRSCHEN qui du fait de son âge  (il n’avait pas 16 ans)  avait été « seulement »condamné à 10 ans de prison, Un couple fut « gracié » : les époux LEFEBRE. Tous les trois furent transférés en Allemagne à la prison d’ANRATH en Rhénanie du Nord  avec une jeune femme Simone SCHLOSS qui elle, fut guillotinée le 17 juillet1942 dans la cour de la prison de Cologne.

A la fin des attendus du verdict, on félicita la police française de son action qui avait été déterminante. Et le jeune KIRSCHEN ajoute : « cette police qui nous avaient torturées et avaient été invitées à assister à la dernière séance du procès le mardi 14 avril. » Le 17 avril, les accusés furent amenés au Mont Valérien où ils furent exécutés cinq par cinq, car il n’y avait que cinq poteaux. André ROSSEL-KIRSCHEN a rencontré trente ans après l’un de leurs avocats, Maître PETER  qui lui  confirma « que les combattants avaient tenu leurs promesses et qu’ils avaient défié jusqu’au bout la puissance nazie alors triomphante. »

 

Voici quelques extraits de la seule lettre connue datée du 17 avril 1942 écrite par Marcel BERTONE à la prison de la santé, avant que la seconde ne soit retrouvée en 2011. Elle est adressée à sa fille Hélène âgée de quelques mois :

« Mon Hélène, tu dois savoir pourquoi ton papa est mort à l’âge de 21 ans, pourquoi il s’est sacrifié, pourquoi il a fait semblant de t’abandonner.  J’avais fait pour toi de beaux rêves d’avenir .Apprends les raisons pour lesquelles je suis tombé. Apprends à connaitre ceux qui t’entourent et juge les gens non d’après ce qu’ils te diront, mais d’après  ce que tu les verras faire. Si dans la vie tu ne connais pas la richesse, console toi en pensant que là ne se trouve pas la source du vrai bonheur. Choisi un honnête travailleur pour mari. Choisi le généreux, capable de t’aimer. Adieu Hélène, ton papa est mort en criant vive la France. Ne baisses par la tête parce que ton papa a été fusillé. »

Hélène n’a pas survécu longtemps à son père, elle est morte enfant de la diphtérie.

 

extrait d'une conférence d' Eliane Chaponik

présidente du Comité Marcel Bertone 

membre du Conseil National de l'ANACR

 

 


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