Marcel Chadebech

témoignage  de Marcel Chadebech, ex-Commandant Carron, chevalier de la Légion d'Honneur.

 je suis né le 24 Juin 1919 à  Lyon 5ème. Pupille de la nation.

Jeune patriote, après quelques distributions de tracts, je me vois confier la responsabilité de créer la 1ère Compagnie de Francs-Tireurs  et Partisans (F.T.P.) de la région Lyonnaise.

De Juin 1942 à fin septembre 1942, c'est la collecte d'armes et d'explosifs.

Puis, c'est une série impressionnante d'actions.

 

  • ·        8 Octobre 1942, attaque d'un transformateur à la S.I.G.M.A. à Vénissieux (Rhône) entrainant l'arrêt de l'usine.
  • ·        11 Novembre 1942, jet d'une grenade, Quai saint Vincent sur un convoi allemand pénétrant dans Lyon. Echec, la grenade n'ayant pas explosé.
  • ·        28 Novembre I942, avec Gil un de mes hommes, nous attaquons des soldats allemands, rue Victor Hugo à Lyon. Un allemand est à terre, première victime allemande en Zone Sud, ce qui entraine un Appel à la population du Maire de Lyon et du Préfet Régional pour stigmatiser notre action.
  • ·        12 Décembre 1942, récupération d'argent au Centre de tri postal de Lyon-Gare: soit la somme de deux millions de francs de l'époque.
  • ·        I2 Janvier I943, j'ordonne à Gachet et à  Desthieux d'abattre des soldats allemands. Rue Villeroy, un soldat est tué. Suite à cette action, la Préfecture prend des mesures de restrictions de la circulation des cyclistes et des motocyclistes.
  • ·        14 Janvier attaque à l'explosif de la voie ferrée Lyon-Paris au lieu dit "les Grands Violets" à Collonges. retard important des trains.
  • ·        22 Janvier, déboulonnage de la voie Lyon Paris au lieu dit "Pont du diable" à  Anse.
  • ·        22 Janvier autre opération de déboulonnage sur la voie Lyon -Bourg, vers Les Echets.

Après avoir inspecté   de l’’extérieur la caserne de la Part Dieu, je découvre deux immenses hangars de foin et de paille. J'ordonne l'incendie de ces hangars. Le 9 février I943, 5000 quintaux de foin et 2000 quintaux de paille sont détruits.

 

Afin de nous permettre le tirage de tracts de propagande, j'ordonne la récupération, rue du  Bât d'Argent, de ronéos, d'encre, de stencils et de papier à la maison "Gestetner".

Opération réussie.

 

Ce bilan impressionnant, met sur les dents la police et la gestapo.

Suite à la trahison d’un « français » la police  française procède à une série d'arrestations.6 membres de mon unité sont arrêtés. Deux seront fusillés, les autres déportés.

Ayant échappé de justesse à l'arrestation, je quitte Lyon, fin 1943 pour me réfugier à Arith, en Savoie.

De retour à Lyon, en septembre 1943, je rejoins le maquis F.T.P., Camp Desthieux, à Chamelet., (Rhône) où je suis promu adjoint au chef militaire du Camp.

Les objectifs de ce Camp, sont principalement la voie ferrée stratégique Givors-Paray le Monial.

Le Chef Militaire et moi dirigeons alternativement les incessants sabotages et actions de déraillement qui paralysent pratiquement cette voie ferrée.

Le 25 Novembre 1943, au cours d'une mission avec deux de mes hommes, nous avons un violent accrochage avec des gendarmes. Au cours de l'engagement, un gendarme est tué, un de mes hommes grièvement blessé est fait prisonnier.

La Police et la Gestapo ne peuvent supporter la neutralisation de cette importante voie ferrée Givors-Paray le Monial. Ils vont sans cesse tenter d’anéantir ce Camp F.T.P. qui grâce à sa mobilité échappe à ces attaques.

C'est d'abord une attaque de la milice au lieu-dit Brou sur le territoire de la commune de Ternand.

- Le 19 Décembre 1943, une colonne allemande nous ayant manqué de peu, incendie la ferme du "Cocon" à Chamelet. Le Maire de la commune est arrêté et déporté. Il ne reviendra pas.

- Le 25 Décembre 1943, c'est une attaque infructueuse des G.M.R. au lieu-dit "Le 

Parasoir".

- Le 17 Février 1944, attaque allemande à  Albigny ­Montrottier, au lieu-dit" Le Souzy" Après un violent tir de mortiers, la ferme est détruite. Nous les F.T.P. avons pu nous échapper.

 

- Le 19 Mars 1944, en l'absence du chef militaire, je dois assurer la défense du  Camp Desthieux,* attaqué par plusieurs centaines de gendarmes, de Gardes Mobiles et de G.M.R..Après de violents combats au cours desquels cinq F.T.P. sont tués et quatre faits prisonniers (fusillés par la suite), nous les rescapés de ce combat, nous nous regroupons au Nord du département du Rhône pour continuer le combat, notamment 

en direction de la voie ferrée Givors Paray le Monial.

 

Après la blessure du Chef militaire Chavanet, le 22 Avril 1944 je deviens le nouveau chef militaire du Camp Desthieux sous le pseudonyme de Carron.

A partir du 6 Juin 1944, l'objectif de ce Maquis est de neutraliser totalement la Vallée d'Azergues.

A ce moment, je suis promu Commandant F.T.P. et Chef

du 1er Sous-Secteur (Moitié Nord du département du Rhône).

 

Sous mon commandement ont lieu une série de combats visant à interdire la vallée d'Azergues aux troupes allemandes.

·        22 Juin 1944, un détachement F.T.P. entre en contact au lieu-dit "les Ponts-Tarrets" commune du Bois-d'Oingt, sur la route reliant Villefranche à  Tarare.

·        23 Juin 1944, à Beaujeu, les F.T.P. engagent un combat contre les allemands qui sont à bord d'un train.Ceux-ci mis en déroute mettent le train en marche et s'enfuient.

·     Le 24 Juin, un de mes groupes entre en contact avec l'ennemi au lieu-dit "La Pompe", les F.T.P., en état d'infériorité se replient.des renforts sont acheminés et une embuscade est tendue.La nuit venue, les allemands sont mitraillés avec de grosses pertes.

A partir de ce moment, la Vallée d'Azergues est Jibérée. Aucun allemand n'y mettra plus les pieds.

 

14 Juillet 1944, dans la Vallée libérée, des cérémonies ont lieu dans tous les villages, mais aussi dans plusieurs villages du Beaujolais et de la Vallée du Soanan.

Prises d'armes et prises de parole devant les monuments aux morts.

 

 

 

A la suite de cette journée grandiose, le Colonel Lepetit (André tourné) décide que nos deux bataillons prendront les noms de bataillon 14 Juillet et bataillon 89. Ils      formeront dès ce jour l'ossature de la Brigade "La Marseillaise".

 

Les combats s'intensifient dans la périphérie de la Vallée d'Azergues,  les allemands n'acceptant pas de perdre définitivement le contrôle de cette route et de cette voie ferrée stratégique.

Le 26 Juillet un convoi allemand se dirigeant vers la Vallée d'Azergues est stoppé par une embuscade au niveau du château de Magneval. Quatre officiers et vingt trois soldats allemands sont abattus.

Le Ier Août 1944 a lieu une violente attaque de

miliciens aux environs de Saint Vincent de Reins.

Les F.T.P. renforcés des Milices Patriotiques que nous avons constituées dans toute la Vallée, et des Corps Francs

faire appel aux troupes allemandes, mais l'ennemi bientôt pris entre trois feux croisés est contraint de battre en retraite et de rompre le combat.

Le 2 Août, nouvelle attaque allemande, dont les blindés viennent buter contre nos barrages à Quincié dans le

Beaujolais

Autre tentative allemande, des automitrailleuses  ra pides accompagnant             des troupes mongoles, ont foncé depuis Ville_ franche, traversé Saint Cyr le Châtoux, Le Parasoir et se sont engagées dans la descente sur Chambost-Allières

Dès les premières salves tirées par les F.T.P., fortement retranchés, après un bref baroud, les automitrailleuses se sont retirées.

Après tous ces combats à la périphérie de la Vallée d'Azergues libérée, l'ennemi s'est rendu compte que pour réoccuper cette vallée et cette ligne de chemin de fer, il faudrait engager des forces très importantes qu'il n'a plus les moyens de dégager.

La Vallée d'Azergues restera libre et les troupes de la Ière Armée, en la remontant, n'auront pas à tirer un seul coup de feu.

Mais moi,·Marcel Chadebech, alias commandant Carron, je ne suis pas qu'un chef militaire. Le Préfet du Rhône ayant décidé de supprimer tout envoi de ravitaillement dans la Vallée d'Azergues, je décide qu'un congrès regroupant les maires des 32 communes situées dans la zone d'implantation des F.T.P .les chefs 

de districts, les syndics, les représentants des bouchers, des boulangers, des épiciers, des paysans, se tiendrait Le 6 Août à Chamelet.

Après un examen approfondi de la situation, il a été décidé de créer des commissions composées de civils.

Chaque commission doit étudier les solutions les meilleures pour  assurer le ravitaillement de la population de la Vallée.

par exemple la commission de la viande, désigne une équipe qui se rendra dans le Charolais, achètera des animaux de boucherie et contactera les cheminots qui assureront le transport de ces bestiaux par un train spécial qui descendra dans la Vallée

Ces mesures resteront en vigueur plusieurs mois 

après la Libération.

Le I3 Août I944, je suis blessé, ce qui me privera de participer à la Libération de Lyon.

 

 

* au lieu-dit "Le Magat" dans la Loire

 

Marcel Chadebech a écrit :

  • Ce que j’ai connu de la Résistance en 1998
  • Civisme et Mémoire en janvier 2002
  • 80 ans d’une vie pleine et agitée en décembre 2004
  •  
  • Marcel Chadebech nous a quitté le 15 décembre 2007 et selon sa volonté ses cendres ont été dispersées le 18 mai 2008 autour de la stèle érigée au Magat sur la commune de Montchal (42) sur les lieux mêmes des tragiques combats du 19 mars 1944, où demeure la mémoire de ses camarades des maquis de la vallée d’Azergues.

     

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