le Veilleur de Pierre

 Dans la nuit du 26 au 27 juillet 1944 vers minuit, une explosion se produisait au café-restaurant "Le Moulin À Vent" situé place Bellecour à Lyon, à l'angle de la rue Gasparin  .
Réquisitionné par les autorités d'occupation, cet établissement était un lieu uniquement fréquenté par des officiers SS de la gestapo et de la milice.
Or, le matin même, 27 juillet vers midi, un soleil ardent inonde la place Bellecour. La foule est particulièrement dense, des piétons se hâtent, les véhicules précipitent leur dernier trajet de la matinée.
Une heure bien choisie, en plein centre ville, pour une manifestation sanglante, dans le but d' inspirer à la population  une terreur salutaire.
Des militaires allemands, sans casques, armés de mitraillettes et de fusils,descendent de voiture à la hauteur du restaurant. En quelques instants ils interdisent la circulation, immobilisent les véhicules, bouclent la partie nord de la place, rassemblent les piétons sur les trottoirs.
Peu après, du pont de la Guillotière et de la rue de la Barre, venant de la direction de la prison Montluc  , une auto survient à vive allure. Elle stoppe face au restaurant éventré ,la portière de la voiture s'ouvre, un à un 5 hommes jeunes en descendent, tête nue, revêtus de costumes civils. 
Dès qu'ils ont posé le pied à terre, des coups de feu retentissent successivement, cinq corps s'abattent, quatre sur le trottoir, un sur la chaussée, la tête dans la rigole. Il est 12h10.
Aux détonations et au spectacle, un remous agite la foule, une partie est prise de panique. Les victimes baignent dans leur sang. Chez l'une d'elles, les pantalons relevés montrent les jambes couvertes de pansements. Un autre bouge encore, plusieurs personnes qui veulent intervenir sont repoussées ; une infirmière de la Croix-rouge qui insiste pour porter secours et repoussée elle aussi. 
Interdisant à quiconque de les approcher, leurs corps martyrisés restèrent plus de 3h00 sous un soleil de plomb. Afin de les exposer au regard d'une foule impuissante et attérée; que leur mort tragique était destinée à frapper d'intimidation, par une exhibition de cruauté appelant les passants à la méditation.
Le lendemain dans la presse aux ordres et sous la censure de l'occupant l'information donnée était la suivante :

" châtiment rapide d'un attentat"
    "Une bombe explosait dans un restaurant de Bellecour... Cet établissement était     fréquenté par une clientèle allemande. Une opération rapide permettait peu après     l'arrestation de cinq personnes faisant partie du groupe terroriste responsable de     l'attentat elles ont été exécutées sur les lieux de leur forfait le lendemain même de     l'explosion "

Une seule chose pêchait dans l'information c'est qu'elle était fausse.
En effet les fusillés furent bientôt identifiés,  ils étaient :


- BERNARD René, 40 ans, né le 3 octobre 1904 à Malakoff (Seine), chauffeur, militant communiste ; il appartenait au front national lors de son arrestation le 22 juillet 1944 à Mâcon.
- CHAMBONNET Albert, 41 ans, né le 27 juillet 1903 à Bessèges (Gard) marié, père de cinq enfants. Officier d'aviation, sous le pseudonyme de "Didier" chef régional de L'Armée Secrète et des FFI de la région Rhône-Alpes ; il était détenu depuis le 10 juin 1944, date à laquelle, rue de la République, À Lyon, il était tombé entre les mains de la police allemande.
- CHIRAT Francis, 27 ans, né le 7 août 1916 à Villeurbanne (Rhône), employé, militant catholique

.- DRU Gilbert, né le 2 mars 1920 à Lyon (7e arrondissement), étudiant en lettres, militant catholique.

DRU et CHIRAT appartenaient à une organisation chrétienne de la Résistance. Ils avaient été arrêtés par la gestapo le 17 juillet 1944, à la fin d'une réunion tenue dans l'appartement de M. Guérin directeur du journal "Liberté" alors clandestin. DRU se destinait au journalisme. Quant  à CHIRAT ils appartenaient au Mouvement Ouvrier Catholique.
 - PFFEFFER Léon, 21 ans, né le 12 octobre 1922 à Nancy ( Meurthe-et-Moselle). Militant communiste d'origine juive, membre des F. T. P. F.et du bataillon " Carmagnole", il avait été trouvé porteur d'un chargeur de mitraillettes  lors de son arrestation. D'après un de ses compagnons de captivité à Montluc, le 26 juillet il avait subi son troisième interrogatoire. Attaché par le cou avec un ceinturon de cuir. Chaque coup provoquait un commencement de strangulation, il était couvert de blessures.


Ces cinq patriotes de croyance et d'origines sociales différentes, emprisonnés, torturés, au fort Montluc depuis plusieurs jours même plusieurs semaines pour certains, ne pouvaient avoir participé à l'attentat. Ils appartenaient à des mouvements de Résistance différents, mais il se battaiten pour la même cause, avec la même volonté, celle de la libération du sol national, mais aussi la libération de l'Homme que les nazis avaient voulu avilir.  Avec une ardeur et un courage animé par leur amour de la liberté, d'un espoir pour un avenir meilleur, qui unissaient dans ce même idéal :" celui qui croyait au ciel, celui qui n'y croyait pas".
Voilà ce que symbolise" le Veilleur de Pierre ", à l'emplacement où le nazisme a voulu donner un exemple de domination par sa cruauté, il a rassemblé cinq patriotes d'un même combat, celui de la Résistance, le "Veilleur de Pierre "rappelle au civisme, à l'enseignement, à la vigilance pour éviter le retour de génocides et éveiller les jeunes générations afin d''assurer leur avenir.  il est le gardien du sanctuaire, de ce fait, sacré et inviolable, qui perpétue une des plus belles pages de l'histoire de France: la Résistance


d'après un texte de René Picod, ex secretaire départemental de l'ANACR

 

une cérémonie a lieu tous les 27 juillet pour commémmorer cet événement.

 


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